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Cours Morgan - Wally Bajeux
 



Sur les « Femmes savantes » de Molière, mise en scène Wally Bajeux,
Salle Jean Dame le 4 mai 2005 :

Molière rhabillé
ou « Affreux, sales et méchants ».

Mais qu'est ce que c'est donc que ces femmes savantes là ?
Ça médit, intrigue, jalouse, bouscule, frappe, aime ; ça se pâme, se caresse, déclame, embrasse, pleure ; ça éructe, vocifère, tonitrue, gesticule, trépigne...
Et les mâles de service ne sont guère mieux qui geignent, déclament, subissent, se courbent quand ils ne se couchent pas, pètent, velléitèrent à qui mieux mieux, embrassent, se battent comme des chiffonniers (si si !), compissent, s'affrontent comme des coqs, violent (et sont -), sont constamment dépassés par les événements, aiment, pleurnichent, se démènent, lâchent, bref, des gens selon Jean-Baptiste Poquelin, en pire.

Wally Bajeux nous peint son Molière à grands traits, à grands coups de taloches, magnifiquement aidée par des acteurs au mieux de leur forme dans un décor minimaliste et valorisant. On a pas ici des poupées enchiffonées gesticulant dans des bonbonnières surannées. Molière, dans sa tombe, a du en frémir et apprécier la truculence de la mise en scène musclée de Wally Bajeux, chose qu'il pouvait difficilement proposer à des parterres d'emperruqués enfarinés.

Si la pièce de l'illustre auteur dépeignait les faux et défauts de sa société bourgeoise, avec Wally, la violence contemporaine y fait irruption, caricaturant superbement des caractères déjà carrés. Le matriarcat, plagiat misérable de la suffisance masculine, que nous proposait ici Molière, en devient encore plus repoussant et la vanité des personnages encore plus pathétique. Ils vont au bout de leur ignominie ou de leur amour car, au final, c'est encore d'amour qu'il s'agit ici, évidemment.

Je l'ai dit plus haut, la pièce est parfaitement servie par des acteurs qui ont bien intégré leur personnage.
Ne parlons pas d'Henriette (Emilie Pierson plus vraie que nature) qui n'est qu'amour et l'objet de tous les désirs, pauvre chose ballottée de père en mère, d'amoureux en parti-violeur, bousculée, triturée, embrassée, tancée, féminine et touchante à souhait.

Ne parlons pas de Clitandre, amoureux hagard et transi, comme les affectionnaient les auteurs de l'époque. Quoiqu'ici, en ce qui concerne François Bérard, on peut difficilement parler de transe vu la fougue qu'il met dans ses transports avec Emilie Pierson...

Mais, parlons de Priscilla Rossette, extraordinairement métamorphosée en Philaminte, claudiquante mégère, éructant, vociférant, tonitruant à longueur de temps. C'est la culottée du couple et la canne qu'elle brandit constamment manque furieusement à un Chrysale aussi misérable que possible, faible comme ça n'est pas permis, cassé, souffreteux, geignard, bref, lamentable. Peut-on parler d'une canne d'aveugle, elle se débattant à grands gestes incertains dans un monde qu'elle comprend mal, qu'elle essaie de maîtriser en force. La seule fois où son bâton ne lui sert à rien est lorsqu'elle participe, enfin satisfaite, à sa passion folle du savoir. Malheureusement, elle n'a plus ici de canne et trébuche, se confrontant à plus habitué qu'elle dans l'exercice.

Parlons aussi de Bélise. Tout un poème ! Patrick Azria joue ici le rôle d'une nymphomane en perpétuelle pâmoison et, peut on le dire, ce contre-emploi fut un succès complet. Le personnage en lui même n'a pas une importance capitale dans la pièce, pâle sœur d'un pâle frère, mais Patrick Azria fit accéder, par ses extravagances et son jeu outrancier, Bélise à l'un des premiers plans du spectacle sans toutefois éclipser les autres acteurs.
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Un mot sur Juliette Jouniaux en Ariste parfaitement immonde. Il faut là aussi saluer la performance d'acteur qui transforme une, ma foi, fort jolie fille en être sale, obscène, ventripotent, grasseyant et gazé au dernier degré, mais pas le pire des personnages malgré tout.

Martine Dumont joue parfaitement la sœur ainée Armande qui, dans sa folie, accumule tous les défauts possibles, se débattant désespérément pour récupérer un peu d'amour qu'elle voit sa sœur monopoliser.

On ne pouvait parler des femmes savantes sans parler de Trissotin (trois fois sot), personnage récurrent chez Molière, prototype de l'escroc filou, petit maître pompeux, pédant, vain et vide, toujours à la recherche d'un bon parti à dénicher chez le bourgeois vaniteux, pigeon facile à circonvenir. Ici il s'agit d'une bourgeoise, imbue de science et de belles lettres, j'ai nommé Philaminte et consœurs, complètement subjuguées par le spectacle du frippon roublard. Julien Girault enlève le personnage avec brio et nous ravit par ses envolées grandiloquentes. Un vrai plaisir.

Dernier entré sur scène, et quelle entrée, Patrick Benhammou. Ce Monsieur se permet de jouer deux personnages et le fait superbement. On a tout d'abord droit à un Vadius plein d'assurance, venu prêter main-forte à son complice le Bel Esprit mais bientôt dépassé par la verve du cuistre. Malheureusement, l'association de malfaiteurs tourne à la confrontation et on atteint des sommets dans l'invective, petit jeu auquel excellait Molière, d'ailleurs, et auquel excella Patrick Benhammou. Ensuite, il apparut dans la peau d'un notaire impensable, attifé de drap et de sac en tissu en guise de bonnet, courbé sous le joug d'une charge impitoyable et paraissant complètement perdu dans un monde si agité. Hilarant.

Enfin, il ne faut pas oublier Martine (Katia da Veiga), la servante/esclave, petit bout de femme feu follet et pleine de bon sens, maltraitée par ses maîtres, parlant sa langue de servante, ce qui exaspère au plus haut point Philaminte dont elle malmène les prétentions littéraires et qui veut s'en débarrasser.

Voilà donc une revisite de Molière, disons une prise en main, qui va en énerver quelques uns et en ravir d'autres. Une chose est sûre, c'est que la mise en scène de Wally Bajeux ne peut laisser indifférent. On est souvent émerveillé par les trouvailles scéniques, un jeu d'acteurs vif et dynamique et des subtilités qui en font le sel. Nous avons même eu droit, privilège insensé, à une sorte de post-face à la pièce qui nous fit découvrir une robe de mariée (devinez sur qui) tout à fait réussie. C'est dire que les costumes étaient particulièrement soignés.

Il y a de la graine d'acteur chez ces gens là, je veux dire de vrais acteurs.
Wally Bajeux ? Qu'on se le dise, on va en entendre parler.

C'était Salle Jean Damme, Paris 2ème, ce 4 mai 2005 avec des élèves du Cours Morgan. Il s'y est passé quelque chose.

GerFaut pour Théâtre demain






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‘Le Mag des castings’ Mai-juin 2005, N°104 p.64Casting mag.
‘Le Mag des castings’ Sept-oct 2004, N°100 p.44Casting
‘Le Mag des castings’ mai-juin 2004, N°98 p.68Casting mag.
‘Best of Casting’ p.79casting
‘Casting Magazine’ N°86 p.74Casting




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